C½ur rachitique, malingre, anorexique. Arraches-moi, dégrafes-moi cette bile, ce venin, cette peine. C½ur autiste. Greffes-moi, épouses mon corps. Regardes autour de toi. Toutes tes larmes, tout ces gens, et puis ce monde opaque, ces lambeaux de mouchoirs. Puis les cumulus, la valse des orages, et cette peau qui s'élance, douce, imperméable. Écoutes : Ne me suis pas, je suis un chasseur d'âme. Offres-moi la tienne, et tu ne décolleras jamais de ce tarmac éveillé. Je suis l'attrape-c½ur, l'attrape-rêve, confiné, tapis entre chaque bande d'images, je suis le message subliminal. Je virgule ta pensée pour y mettre un point final. Je vampirise les soleils de ta pupille, rien, plus rien n'existe là, entre toi et moi, entre la note que je joue et le piano de ton pouls. Malgré tout, je suis tout aussi bon que mauvais. Et j'aimerai, sincèrement, intimement, j'aimerai noircir mes mots pour en briser la naïveté, et me délester enfin de cette futilité infantile dont je découle. Mais rien à y faire, j'éloge l'humain. J'idéalise. Je métaphore l'inconsistance de notre esprit volatile, et cette beauté charnelle mais versatile, ami, je t'en libère, je te libère de notre prison, cette geôle rassurante. Moi, je m'en vais croquer l'océan, des molécules d'écume plein les dents. Poète virtuel, analphabète de ta réalité, j'ai noué à ma bouche, lié à ma salive, un goût d'aventure, un parfum d'onirisme, une saveur d'ailleurs. Et je prie pour que j'en crèves, pour qu'enfin j'y crèves.
C½ur amnésique. J'écris au bic le long de ta colonne vertébrale , j'y grave «Audaces fortuna jubat». Ta langue comme arme, c½ur parachute. Allez, effaçons-nous de nos hippocampes respectifs. Ton odeur m'est amoureusement insupportable. Putain est-ce comme ça que ça se finit ? Pour notre alchimie d'épidermes vifs et de sentiments exacerbés, c'est con. Con, qu'on ne regarde que trop tard en arrière, avec lucidité et .. Puis merde, ta rousseur je l'effacerais bien un jour de ma mémoire, je me refuse à céder à l'apitoiement romantique. C½ur camé, cramé, cané. C'est cyclique, freudien, ½dipien, tout ce que tu veux, ce que je sais, je m'auto-persuade de le savoir. Et je sais que toi aussi tu le sais. Que toi aussi tu le fais. Alors on fourre tout, discrètement, aux fonds de nos chiottes introspectives. C½ur menteur, c½ur girouette, paumé, affabulateur. Je suis la sirène de ta conscience, je te dis sautes du vide, parce que le vide est salvateur, dans le vide on trouve tout, on trouve de tout, vertiges-toi, bancales-toi, je suis le néant qui te fredonne un air d'évasion, un vol aller sans aucun retour possible.
C½ur dyslexique. Et non cerveau végétarien. Vouloir une vie purement saine, c'est comme essayer de craquer une allumette sous l'eau, aussi ridicule que vain. Je suis le café, je suis la fumée, je suis le cancer, je suis le coup de soleil, je suis la tumeur qui croit sous ta lecture, le virus qui se déploie sous ton souffle. Et depuis que j'ai perdu le sens de ce tourbillon de papier, j'ai le verbe qui tangue, la syntaxe qui vacille, l'emphase qui tremble. C½ur d'encre, si fragile et puissant à la fois.
Si 3 est l'Univers, 2 la Terre, et 1 l'Homme, qu'en serait la somme, que serait 6 ? Selon moi, 6 serait le c½ur, car en nos c½urs nous portons 3, 2 et 1. C½ur Univers, universel. C½ur Terre, élémentaire. C½ur Homme, définitivement humain.